Le concept de la "Messe qui prend son temps" (Mt)
Le concept de la Mt est né à Paris en 1999. Suite à l'originalité de cette proposition et à son succès, la revue Célébrer lui a consacré un article. Pour ces mêmes raisons, nous allons la lancer sur Lyon.Par le Père Jérôme Guingand, jésuite
Article paru dans la revue Célébrer, n°335 Avril 2005
Prier au cours de la messe : expérience pour jeunes adultes, la "messe qui prend son temps"
Comment donner le goût à des jeunes de la participation active et d'une rencontre personnelle avec Dieu, à partir de la parole de Dieu et de la liturgie eucharistique ? C'est ce que proposent les jésuites de Paris à l'église Saint-Ignace à des jeunes adultes, étudiants ou jeunes professionnels, les dimanches soir de l'année scolaire, depuis 1999. Ils sont actuellement entre cent et deux cents à se retrouver chaque dimanche soir de l'année scolaire pour une messe d'une heure et demie et qui fut rapidement surnommée par les participants eux-mêmes comme « la messe qui prend son temps ». Célébrer en avait déjà fait une description brève : il s'agit d'une expérience originale au milieu de nombreuses autres à destination des jeunes.
Se mettre à l'écoute de la Parole
La messe suit le Missel romain jusqu'au psaume inclus. Puis l'accent est mis sur une appropriation progressive du texte de l'Évangile de la liturgie du dimanche. Il est lu une première fois « en voix off » par un jeune. Tous sont invités, ensuite, à le relire silencieusement à partir d'une ou deux questions. Puis, depuis le siège de présidence, le prêtre fait un enseignement d'une dizaine de minutes pour permettre à chacun de s'approprier davantage le texte qui prend alors davantage de relief. Le texte de l'Évangile est ensuite proclamé solennellement à l'ambon. Vingt minutes de silence sont ensuite proposées pour un moment de prière personnelle, chacun se plaçant dans l'église où il le souhaite. Ce temps de prière personnelle est introduit par quelques pistes données à tous. Revenant à sa place, chacun est invité à partager en petit groupe de quatre à cinq personnes, un point qu'il retient ou qui l'a marqué et à noter ce à quoi il se sent invité pour aller plus loin. Le déroulement habituel de la messe reprend ensuite à la profession de foi, jusqu'à la fin. Enfin, un pot est proposé à tous, dans une pièce annexe à l'église : après une heure et demie, nombre de participants restent ensuite à parler et à partager parfois pendant une heure.
Le silence pour une participation active
Il peut sembler paradoxal d'offrir un long temps de silence pour aider des jeunes à s'impliquer dans la messe et à en découvrir de nouveaux fruits pour leur vie. Il est clair que cette proposition s'adresse d'abord à des étudiants ou des 25-30 ans et ne conviendrait sûrement pas à des plus jeunes. Mais elle répond à une recherche d'intériorité de certains et à une insistance actuelle de l'Église sur la découverte du silence au cœur de la célébration5. La pédagogie mise en œuvre permet d'habiter ce moment de silence longuement introduit. Ceux à qui le silence pourrait faire peur sont comme guidés dans leur prière. 11 s'agit de se laisser toucher par le Christ, présent dans sa Parole, dans le jeu même de l'Esprit Saint et de redécouvrir la force de l'intériorité. Le silence ouvre aussi à une écoute : certains jeunes témoignent qu'ils (re)découvrent les paroles de la prière eucharistique qui suit dans le cours de la messe.
Une utilisation de l'espace liturgique
Une des caractéristiques de cette messe pour jeunes, c'est que l'on se déplace à différents moments au sein de l'espace liturgique, totalement renouvelé en 2001 dans cette église. Pour venir écouter la proclamation de l'Évangile, tous sont invités à s'approcher de l'ambon. Il s'agit physiquement d'aller à la rencontre du Christ, de celui qui s'adresse à l'assemblée. Pendant la prière personnelle, chacun peut aller là où il le souhaite dans l'église : dans la chapelle du Saint-Sacrement ou devant une icône au pied de l'autel, voire même à l'écart dans une chapelle latérale. La souplesse aide à s'approprier une démarche à la fois communautaire et personnelle : il s'agit d'être ensemble pour prier personnellement, ce qui constitue une aide précieuse pour les jeunes présents. Enfin, bénéficiant d'un grand espace en ellipse autour de l'autel, les participants s'avancent pour entourer l'autel pendant la liturgie eucharistique, donnant ainsi plus de force encore à la prière et à l'action commune. À plusieurs moments, en allant d'un point à un autre, il s'agit de se tourner physiquement vers le Christ qui se rend présent au cœur même de la célébration, sous divers modes.
Partager
Deux moments sont plus caractéristiques d'une célébration pour des jeunes. Après le temps de prière personnelle, les participants se retrouvent sur place en petit groupe de quatre à cinq pour un partage bref sur un point qui les a touchés dans le texte, qu'ils retiennent ou à quoi ils se sentent invités. Partage qui permet de passer d'une démarche de prière personnelle à la conscience qu'une assemblée est constituée d'autres chrétiens qui prient, eux aussi marqués par la Parole. Écoute des autres, qui permet de s'ouvrir à une attitude d'action de grâce. Un autre type de partage est proposé après la messe, pour ceux qui le souhaitent autour d'un verre et de quelques gâteaux : la messe met en relation des jeunes qui peuvent vivre aussi la solitude.
Cette proposition est faite dans le contexte parisien des messes du dimanche soir orienté vers les jeunes, dans beaucoup de paroisses. Certains n'hésitent pas d'ailleurs à faire le tour des propositions en passant de la « messe qui prend son temps » à d'autres célébrations plus habituelles. Chaque dimanche, des nouveaux viennent pour découvrir et accrochent ou non à la proposition. Pour tous, elle est finalement exigeante mais, pour les plus réguliers, elle semble plus nourrissante qu'une messe « normale ». Depuis deux ans, au-delà des étudiants et des jeunes professionnels, des adultes qui le souhaitent viennent rejoindre l'assemblée. Le mélange des âges se passe bien et dit davantage ce qu'est l'Église. À tous est proposé de vivre en assemblée cette rencontre personnelle du Christ, dans la Parole et de l'eucharistie, qui deviennent davantage nourriture.